La combustion d’un litre de pétrole émet environ 2,3 kg de CO₂, alors que l’utilisation de l’hydrogène comme vecteur d’énergie ne produit que de la vapeur d’eau, sous réserve d’une production décarbonée. Malgré ce contraste, le secteur des transports reste dominé par les carburants fossiles, soutenus par des infrastructures existantes et des coûts de production historiquement bas.
Les gouvernements investissent massivement dans la filière hydrogène, tout en maintenant des subventions au pétrole dans certaines régions. Les industriels, quant à eux, jonglent entre rentabilité immédiate et adaptation à des réglementations climatiques de plus en plus strictes.
Pétrole et hydrogène : deux énergies face à la transition
Le pétrole tient encore la corde dans le mix énergétique mondial. Abondant, structurant, il pèse sur les économies, dicte les flux commerciaux et reste au centre des débats sur la transition énergétique. En France comme dans toute l’Europe, la dépendance aux importations de pétrole et de gaz naturel façonne la politique énergétique et alourdit la balance commerciale.
Face à ce modèle hérité, l’hydrogène s’affiche comme l’espoir d’une transformation profonde. Pourtant, la réalité industrielle ne suit pas encore : plus de 95 % de l’hydrogène mondial provient du reformage du gaz naturel ou du charbon, deux procédés qui génèrent d’importantes émissions de CO₂. La filière hydrogène décarboné, produite par électrolyse de l’eau grâce aux énergies renouvelables, reste aujourd’hui marginale à l’échelle industrielle.
Voici les grands traits qui opposent ces deux mondes énergétiques :
- Pétrole : infrastructures déjà en place, coûts maîtrisés, mais dépendance géopolitique persistante.
- Hydrogène : potentiel pour limiter les émissions de CO₂, mais défis industriels et filière émergente.
La transition énergétique ne se limite pas à changer de carburant : elle implique de revoir nos usages, nos infrastructures, et de mobiliser des moyens considérables. Les industriels investissent, les États posent des objectifs ambitieux, la France vise 6,5 GW d’hydrogène décarboné d’ici 2030, l’Europe affiche des ambitions du même ordre. Mais l’incertitude domine, entre maturité technologique à atteindre et équation économique incertaine. Derrière la compétition pétrole versus hydrogène, c’est la capacité à réinventer nos modes de vie, nos transports et nos modèles économiques qui se joue.
Quels sont les véritables avantages de l’hydrogène pour les transports ?
Avec la pile à combustible, l’hydrogène revendique une place de choix dans le secteur du transport. Concrètement, cette technologie transforme le gaz hydrogène en électricité, ne rejetant que de la vapeur d’eau. Dans un contexte où la réduction des émissions s’impose, la voiture hydrogène suscite l’intérêt des industriels, aiguise la curiosité des chercheurs, et s’invite dans les stratégies publiques.
Remplir le réservoir d’une voiture à hydrogène ne demande que quelques minutes, à l’opposé de l’attente imposée par la recharge d’une batterie électrique. L’autonomie atteint, voire dépasse, celle des véhicules thermiques. Pour les trajets longue distance, bus, camions ou trains, la pile à combustible rivalise sérieusement avec le diesel. Un autre atout : l’électricité excédentaire des énergies renouvelables peut être stockée sous forme d’hydrogène, lissant ainsi la production et la consommation.
Les principaux atouts de l’hydrogène pour la mobilité ressortent nettement :
- Remplissage rapide : un avantage opérationnel, surtout pour les flottes de véhicules ou le transport lourd.
- Absence d’émissions polluantes lors de l’utilisation : la seule trace laissée est la vapeur d’eau.
- Capacité de stockage de l’énergie : l’hydrogène permet de transformer et conserver l’électricité produite en excès.
Si la production d’hydrogène par électrolyse devenait la norme, elle pourrait relier véritablement la mobilité à la production d’hydrogène décarboné. Toutefois, l’équation reste complexe : la filière reste coûteuse, les infrastructures sont rares, et l’approvisionnement en électricité renouvelable n’est pas garanti partout. Malgré tout, l’hydrogène a déjà ouvert la brèche et s’impose dans les discussions sur l’avenir du transport, remettant en cause la domination du pétrole.
Impacts environnementaux : entre espoirs et réalités
Depuis plus d’un siècle, pétrole rime avec émissions de gaz à effet de serre à chaque étape : extraction, raffinage, combustion. Les relevés d’émissions de carbone témoignent de l’ampleur de la tâche à accomplir pour inverser la tendance. L’hydrogène, de son côté, promet une alternative… à condition d’être produit sans carbone.
En pratique, tous les hydrogènes ne se valent pas. Aujourd’hui, l’hydrogène gris, issu du reformage du gaz naturel, domine et son impact est lourd : un kilo d’hydrogène génère près de dix kilos de CO₂. Seule l’électrolyse de l’eau par énergie renouvelable donne naissance à de l’hydrogène vert, véritablement bas carbone, mais cette filière reste marginale, freinée par ses coûts et le manque d’infrastructures.
Pour mieux comprendre les nuances entre les différentes filières, voici un aperçu :
- Hydrogène gris : produit à partir de gaz naturel, il affiche une forte empreinte carbone.
- Hydrogène bleu : issu du même processus que le gris, mais avec captage du CO₂ partiel, ce qui réduit l’impact sans le supprimer.
- Hydrogène vert : fabriqué via l’électrolyse de l’eau alimentée par des énergies renouvelables, il s’approche de la neutralité carbone.
La transition énergétique exige donc une mutation profonde vers la production décarbonée. Cela suppose de déployer massivement des énergies renouvelables, étape indispensable pour que l’hydrogène devienne réellement vert. Passer du pétrole à l’hydrogène ne résout rien si la production reste carbonée. Seule une filière propre peut répondre aux attentes climatiques mises en avant par la communauté scientifique et analysées dans l’International Journal of Hydrogen Energy.
La voiture à hydrogène, une solution d’avenir ou une promesse en devenir ?
À première vue, la voiture à hydrogène coche toutes les cases de la mobilité propre : une pile à combustible qui transforme l’hydrogène en électricité, aucune émission de polluants à l’usage, et une autonomie qui fait rêver. Sur le papier, la transition paraît engagée. Mais la réalité est moins linéaire.
Le réseau de stations-service dédiées à l’hydrogène demeure embryonnaire, en France comme à l’étranger. Quelques centaines de points de distribution, là où les bornes de recharge pour voitures électriques sont désormais omniprésentes. L’offre de modèles reste très limitée, portée par quelques constructeurs pionniers qui avancent prudemment. Le prix d’achat élevé freine encore la démocratisation. Derrière cette technologie se cache aussi une chaîne logistique complexe, qui dépend de matériaux rares et d’une industrie encore jeune.
| Critère | Hydrogène | Électrique (batterie) |
|---|---|---|
| Autonomie | 500-700 km | 300-600 km |
| Temps de recharge | 3-5 min | 30 min à plusieurs heures |
| Infrastructures | Très limitées | Déjà largement déployées |
Le mode de production de l’hydrogène reste le point faible : tant que la majorité provient du reformage du gaz naturel, l’empreinte carbone subsiste. L’électrolyse progresse, portée par des investissements massifs en France et à l’international, mais pèse encore peu dans la balance. Le passage à une mobilité vraiment durable dépendra de la capacité à faire décoller une filière hydrogène décarbonée à grande échelle. Le potentiel est là, la technologie progresse, mais la route s’annonce encore longue. La prochaine décennie dira si l’hydrogène saura transformer la promesse en réalité, ou restera une solution en quête d’essor.


